Violences en Belgique suite à la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie

De Suffrage Universel
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La nuit même du vendredi 15 au samedi 16, des individus pro-Erdogan s'en sont pris aux locaux de l'association güleniste Vuslat à Beringen (ville à forte population turque en Belgique, dans la province du Limbourg) dont ils ont brisé les vitres[1]. Ausstôt, en pleine nuit, la présidente du parti Groen (Verts flamands) Meyrem Almaci, elle-même belgo-turque, a appelé au calme[2]. Ce alors qu'au même moment le conseiller provincial SP.A (socialistes flamands) Ahmet Koç, ancien échevin à Beringen, appelait à la haine et à la violence sur Facebook, et se serait même mêlé aux émeutiers erdoganistes cette nuit-là selon certains témoins[3]. Les dirigeants de l'association Vuslat l'accusent d'avoir directement incité à ces violences[4].

Le ministre-président flamand Geert Bourgeois a, à son tour, dénoncé ces incidents à l'issue d'une réunion de son gouvernement le lundi suivant[5].
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Le mardi 19, l'organisation-coupole des 67 associations gülenistes en Belgique, Fedactio, diffusait un communiqué de presse (voir encadré)[6].

Suite à des propos hostiles tenus dans une interview à la Gazet van Antwerpen et sur twitter par le porte-parole de l'ambassade de Turquie ("le porte-parole de l’ambassade a affirmé que des organisations flamandes soutenaient le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’être à l’origine du coup d’Etat, et que le gouvernement flamand entretenait de bonnes relations avec ce mouvement"), le premier ministre belge a fait convoquer l'ambassadeur de Turquie et a clairement déclaré à la Chambre que "La Belgique n'acceptera pas une exportation des tensions qui ont lieu en Turquie"[7]. L'ambassadeur a rapidement présenté ses excuses, non sans avoir préalablement "rencontré durant trois quarts d'heure le directeur général des affaires bilatérales du département pour s'expliquer sur ces propos et cette immixtion dans les affaires intérieures belges"[8].

Des manifestants pro-Erdogan s'en sont pris à des associations considérées comme proches du mouvement Gülen tant à Beringen et à Gand qu'à Schaerbeek: pavés jetés dans des vitrines, tags d'insultes etc.[9].

Le 22 juillet, la RTBF interviewe longuement Hüseyin Çakmak, représentant de Fedactio:

"Dans ce mouvement de haine, il y a des appels à la délation de toute personne, organisation ou entreprise, qui aurait un lien quelconque avec le mouvement Gülen. Certaines personnes publient des noms sur les réseaux sociaux. Ils désignent des gens, des organisations, des commerces à boycotter. Il y a des listes de commerces où ils demandent de ne plus rien acheter. Ceux qui continueraient à les fréquenter sont considérés comme traîtres à la nation et assimilés aux putschistes. En tant que fédération, nous conseillons à nos membres victimes de ces menaces de porter plainte.
Nous craignons que cette polarisation ne s'aggrave. Il y a des discours de haine, des propos injurieux, notamment sur les réseaux sociaux. C'est un mouvement émotionnel des partisans du gouvernement turc dirigé contre le mouvement Gülen. Pour eux, c'est noir ou blanc. Vous êtes pour eux ou contre eux. Et si vous n'êtes pas pour Erdogan, vous êtes considéré comme un traître à la nation, qu'on ait un lien avec le mouvement Gülen ou pas. Ça crée un malaise général au sein de la communauté belgo-turque.
Nous sommes très inquiets de la tournure des événements parce qu'il y a une volonté et une organisation pour importer en Belgique ce problème politique. Des personnes subissent des menaces contre elles, leur famille, leur commerce, sous prétexte qu'ils auraient sponsorisé une activité. Pour nous, ce sont des faits graves.
Le président turc pointe du doigt un soi-disant 'État parallèle', ce qui, dans le contexte turc, fait référence au mouvement Gülen. Comme il se trouve dans nos associations, ou parmi leurs fondateurs, des gens qui sont sympathisants de ce mouvement, et que ceci est connu de la communauté belgo-turque, nous constituons aussi des cibles.
Le mouvement Gülen, c'est un mouvement social d'inspiration religieuse. On n'en fait pas partie en signant un document ou en se conformant à des critères. Ce mouvement est formé par des gens qui partagent les idées inspirées par Fetullah Gülen. Des membres et des fondateurs de Fedactio et de ses associations se retrouvent dans cette inspiration. Mais Fedactio ne se revendique pas comme faisant partie du mouvement Gülen. Cela dit, la communauté turque de Belgique sait que bon nombre de gens actifs dans les associations de notre fédération sont inspirées par les idées de Gülen ou sont d'accord avec certaines de ses idées.

Le journaliste précise que "par précaution, Fedactio a recommandé à ses membres les plus connus de renoncer à se rendre en Turquie cet été et jusqu'à nouvel ordre: le risque de se retrouver derrière les barreaux est trop grand"[9].

Fin juillet, Mevlüt Akgüngör[10], porte-parole de Fedactio, et Ibrahim Anaz, directeur de BETIAD, l'association des hommes d'affaires gülenistes, ont signalé des appels sur les réseaux sociaux à la haine et au boycott des commerces et entreprises supposément gülenistes en Belgique, qui en ont déjà constaté les effets économiques. Un de ces entrepreneurs déclare être inquiet du prochain retour de vacances en Turquie de nombreux Turcs de Belgique qui y auront été soumis à une intense propagande et ont été témoins ou acteurs de scènes de violence dans le cadre de l'après-coup[11]. Le 27 juillet, l'avocat de Fedactio annonce un dépôt de plainte[12].

Mi-août, les médias flamands rapportent que des menaces ont été proférées par les pro-erdoganistes contre des parents turcs qui scolarisent leurs enfants dans le réseau güleniste Lucerna, certains ont pris peur et en ont retiré leurs enfants[13].

Sources et notes

  1. Belga, "Tentative de coup d'Etat: des supporters d'Erdogan devant plusieurs ambassades européennes", RTBF Info, 16 juillet 2016
  2. Karim Fadoul, "Coup d'état en Turquie: les politiques belgo-turcs réagissent", RTBF Info, 16 juillet 2016
  3. "Sp.a'er Ahmet Koç verdacht van aanzetten tot geweld", De Morgen, 22 août 2016
  4. "Limburgs provincieraadslid Ahmet Koç (sp.a) onder vuur: "Soldaten die van de riem krijgen, is dat abnormaal?"", NewsMonkey, 20 juillet 2016
  5. Belga, "Putsch en Turquie: le ministre-président flamand dénonce les troubles en Flandre", RTBF Info, 18 juillet 2016
  6. Compte twitter de Fedactio, 19 juillet 2016
  7. Belga, "La Belgique convoque l’ambassadeur de Turquie", Le Soir, 20 juillet 2016
  8. "L'ambassadeur de Turquie a présenté ses excuses à M. Bourgeois qui les acceptées", La Libre Belgique, 20 juillet 2016
  9. 9,0 et 9,1 Daniel Fontaine, "Répression en Turquie: des listes de "gulénistes" circulent aussi en Belgique", RTBF Info, 22 juillet 2016
  10. ancien directeur de l'école güleniste turco-flamande Lucerna, et candidat SP.A aux élections régionales bruxelloises de 2009
  11. Arthur Debruyne, "Turkse ‘landverraders’ geboycot en bedreigd in Brussel", Bruzz, 29 juillet 2016
  12. "Vandalisme, menaces de morts... Plusieurs organisations belgo-turques déposent plainte", RTBF Info, 28 juillet 2016
  13. A. Fr. & Belga, "Des parents d’élèves de collèges Lucerna victimes de menaces", De Redactie (VRT), 18 août 2016
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