Démocratie en contexte colonial français

De Suffrage Universel
Aller à : navigation, rechercher

Après la Libération, la France a partiellement étendu la démocratie représentative aux indigènes de son empire colonial, les deux principales étapes en furent la Loi Lamine Guèye en 1946 et la Loi-cadre de Gaston Defferre en 1956, créant le collège unique sauf en Algérie. Concrètement, le droit de vote et d'éligibilité était partiellement et progressivement étendu (concomitamment avec l'institutionnalisation de la fraude électorale par l'administration coloniale) et le nombre de parlementaires représentant les départements et territoires d'outremer était (non proportionnellement) augmenté.

Pour comprendre les citations qui suivent, il faut rappeler le nombre d'électeurs inscrits pour le référendum du 28 septembre 1958 sur la constitution de la Vième République, créant la Communauté française[1]:

  • Métropole (inscrits): 26.603.401
  • Outremer (inscrits): 19.237.178
  • Français de l'étranger (votants): 373.316

Citations

  • Henri Culmann (ancien Conseiller d'Etat, 1950) « (...) quand la proportion des indigènes-citoyens augmente: si l'on n'augmente pas leur représentation, il y a disparité de traitement du corps électoral, ce qui blesse l'équité politique; si l'on augmente leur représentation à due concurrence, des citoyens de fraîche date peuvent devenir l'arbitre entre les partis dans la Métropole, déplacer la majorité et bientôt peut-être la constituer à eux seuls. A la limite, le code civil des Français est voté par une majorité de polygames et, pour noircir le tableau, le code pénal, par des fils d'anthropophages. Avant que cette limite soit atteinte, il faut trouver autre chose. »[2]
  • Édouard Herriot (27 août 1946, à la tribune de l'Assemblée nationale): « Si nous donnions l'égalité des droits aux peuples coloniaux, nous serions la colonie de nos colonies »[3]
  • « Édouard Herriot, constatant que les députés d'outre-mer (deuxième collège, autochtones) jouaient souvent le rôle d'arbitre à l'intérieur de l'Assemblée nationale, exprimait publiquement la crainte que la France ne fût "colonisée par ses colonies". »[4]
  • « Le cynisme d'un Aragon lui (Camus) répugne, comme d'ailleurs celui de de Gaulle redoutant devant lui qu'une extension du vote en Algérie n'amène cinquante bougnoules à la Chambre. »[5]
  • Charles de Gaulle (jeudi 5 mars 1959) « C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.
« Qu'on ne se raconte pas d'histoires ! Les musulmans, vous êtes allé les voir? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français !
Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants (il doit penser à Soustelle). Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante?
« Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »[6]
  • Charles de Gaulle (20 octobre 1959.) « On peut intégrer des individus, des familles, des petits groupes; et encore, dans une certaine mesure seulement; et ça prend des générations. On n'intègre pas des peuples, avec leur passé, leurs traditions, leurs souvenirs communs de batailles gagnées ou perdues, leurs héros. Vous croyez qu'entre les pieds-noirs et les Arabes, ce sera jamais le cas ? Vous croyez qu'ils ont le sentiment d'une patrie commune, suffisant pour surmonter toutes les divisions de races, de classes, de religions ? Vous croyez qu'ils ont vraiment la volonté de vivre ensemble?
« L'intégration, c'est une entourloupe pour permettre que les musulmans, qui sont majoritaires en Algérie à dix contre un, se retrouvent minoritaires dans la République française à un contre cinq.
C'est un tour de passe-passe puéril! On s'imagine qu'on pourra prendre les Algériens avec cet attrape-couillons ?
« Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par deux puis par cinq, pendant que la population française restera presque stationnaire? Il y aurait deux cents, quatre cents, six cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Élysée ? »[6]
  • Henri Grimal (1996) « bien peu étaient prêts à admettre à l'Assemblée nationale 300 députés noirs et arabo-berbères »[7])
  • Hubert Deschamps (1954) « en 1946, la Constitution a vu le jour, mais les textes ne suffisaient pas ; il faut créer des habitudes. Nous-mêmes avons mis près d'un siècle à prendre l'habitude de la démocratie, et non sans bien des échecs et des retours en arrière. Il faut donner aux nouveaux citoyens l'impression qu'ils participent aux affaires. C'est ce que certains, notamment au Cameroun et à Madagascar, appellent l'indépendance. Ce mot signifie pour eux la prise en main des affaires, beaucoup plus que cette sorte d'indépendance totale sur le plan international dont ils perçoivent généralement les dangers. Le double collège sera peut-être à reconsidérer. Il a déjà subi des atteintes. Pour les élections à l'Assemblée nationale notamment, il a été supprimé dans toute l'A. 0. F. Il a été maintenu pour les assemblées locales. Il peut être dangereux s'il consacre l'idée d'une séparation raciale. Mais la présence des Européens, comme nous l'avons dit, n'est pas inutile. »[8]

Notes et sources

  1. Journal officiel, 5 octobre 1958
  2. Henri Culmann, L'Union française, PUF (Que sais-je ?), 1950
  3. Bernard Lugan, God bless Africa, Editions Carnot, 2003, ISBN 9782912362841 p.147
  4. Jacques Julliard, La Quatrième République, Paris, Calmann-Lévy (coll. Pluriel), 1968, p.77n1; voir aussi Jean Fremigacci, "Les parlementaires africains face à la construction européenne, 1953-1957", Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°77 (2005), pp. 5-16, en particulier p.8 n33, et René Servoise, "Introduction aux problèmes de la République française", Politique étrangère, n°4 (1954), pp. 379-418, en particulier p.388)
  5. Le Monde 9 février 1996; voir aussi d'autres citations concordantes in: Alexandre Gerbi, Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine: imposture, refoulements et névroses, Éditions L'Harmattan, 2006, p. 159
  6. 6,0 et 6,1 Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome I, Editions Fayard, 1994, ISBN 9782213644899 (extraits)
  7. Henri Grimal, La décolonisation de 1919 à nos jours, Bruxelles, Editions Complexe, 1996 (nouvelle édition revue et mise à jour), p. 284; cit. in Gerbi 2006 p.454
  8. Hubert Deschamps, "Les assemblées locales dans les territoires d'outre-mer", Politique étrangère, 1954, Vol. 19, N°4, pp. 427-436

Articles connexes

Bibliographie

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Navigation
Outils