Bund en Pologne

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Le parti socialiste juif Bund[1], créé dans l'Empire de Russie à la fin du XIXème siècle, a été éliminé par la dictature communiste en Russie, en Ukraine et en Biélorussie, mais a subsisté dans les pays baltes, en Roumanie et en Pologne jusqu'après la seconde guerre mondiale.

Sous la deuxième république polonaise (1918-1939)

La coopération avec le Parti socialiste polonais (PPS, gauche nationaliste) était difficile en raison de l'antisémitisme très ancré chez de nombreux électeurs polonais. Le PPS craignait d'être étiqueté comme un parti judéophile par la propagande des endeks (Parti national démocratique, droite antisémite) et reporta donc pendant longtemps la coopération organisationnelle avec le Bund[2].

De son côté, Józef Piłsudski (1867-1935), un des fondateurs du PPS qui devint le premier président (1920-1922) de la Pologne redevenue indépendante, puis son dictateur de 1926 à 1935, a eu une attitude clairement hostile à tout antisémitisme et favorable à un nationalisme polonais inclusif, non raciste. C'est sous son impulsion, afin d'assimiler politiquement les Juifs et de concurrencer le Bund, qu'une section juive du PPS fut mise en place en 1901[3].

Lors des dernières élections municipales avant l'occupation de la Pologne par l'Union soviétique en 1939, le Bund devint le plus important des partis juifs. En janvier 1939, 17 des 20 élus juifs au conseil municipal de Varsovie étaient des bundistes (dus en grande partie aux dissensions à l'intérieur du mouvement juif ultra-orthodoxe Agoudath Israel), 11 sur 17 à Łódź. Un début de coopération entre le Bund et le PPS s'était par ailleurs pour la première fois mis en place, sans listes communes mais avec des appels réciproques de vote pour l'autre liste là où seul l'un des deux partis de gauche se présentait. Cette alliance rendit possible une victoire de la gauche dans la plupart des grandes villes : Varsovie, Łódź, Lwów (à l'époque polonaise), Piotrkow, Cracovie, Białystok, Grodno, Vilnius (Wilno à l'époque polonaise), etc.[4]

Le Bund ne fut toutefois jamais représenté au parlement polonais (Sejm) où les autres partis juifs (sionistes, orthodoxes d'Agoudat Israel ou libéraux laïcs du Folkspartei), obtinrent pourtant des sièges soit en coopérant avec des partis d'autres minorités (Ukrainiens, Biélorusses, Lituaniens, Allemands) ou en formant des cartels juifs. Après ses succès municipaux en décembre 1938 et janvier 1939, le Bund espéra transformer l'essai aux législatives prévues pour septembre, mais la Pologne fut occupée le 1er septembre 1939 conformément au Pacte germano-soviétique.[5]

Le Bund sous l'occupation nazie

L'invasion de la Pologne par l'Allemagne fut suivie par l'entrée des armées soviétiques en Pologne orientale conformément aux dispositions du pacte germano-soviétique. Un certain nombre de dirigeants et de structures du Bund se retrouvèrent dans les territoires annexés par l'Union soviétique. Après l'invasion nazie, les bundistes jouèrent un rôle important dans la résistance armée des populations juives contre l'occupation nazie dans ces régions. L'activité du Bund fut cependant freinée par la répression stalinienne. En pleine guerre, Staline ordonna l'exécution de deux des principaux dirigeants du Bund. Wiktor Alter et Henryk Erlich furent fusillés à Moscou en décembre 1941 sous l'accusation cynique et mensongère d'être des agents de l'Allemagne nazie.

Un représentant du Bund, Samuel Zygelbojm, siégea au sein du gouvernement polonais en exil à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale et se suicida en 1943 pour protester contre l'inaction des Alliés face à la Shoah en cours[6]. Les militants de ce parti, dont Marek Edelman, jouèrent un rôle important dans l'insurrection du ghetto de Varsovie.

Après la guerre, le Bund participa aux dernières élections législatives de 1947 sur une liste commune avec le PPS et obtint alors le seul siège de député de son histoire en Pologne, ainsi que des sièges dans des conseils municipaux, pour s'autodissoudre « volontairement » deux ans plus tard, sous la dictature communiste.

Aujourd'hui

Le Bund existe encore formellement au XXIe siècle en tant que Bund travailliste juif, organisation associée à l'Internationale socialiste, mais la Shoah a anéanti les populations au sein desquelles il était enraciné. New York est sa base internationale[7], seules des sections subsistent en diaspora, en Australie[8]), au Royaume-Uni[9], en Israël[10] et le Centre Medem Arbeter Ring en France.

Notes et références

  1. formellement "Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie" (en yiddish : Algemeyner Yidisher Arbeter Bund in Lite, Poyln un Rusland ou אַלגמײַנער ײדישער אַרבעטער בונד אין ליטע, פוילן און רוסלאַנד ; en russe : Всеобщий еврейский рабочий союз в Литве, Польше и России)
  2. Johnpoll 1967
  3. Johnpoll 1967
  4. Johnpoll 1967
  5. Johnpoll 1967
  6. The Last Letter from the Bund Representative with the Polish National Council in Exile (May 11, 1943)
  7. International Jewish Labor Bund
  8. Jewish Labour Bund, Inc, et Sholem Aleichem College, Melbourne, qui semble être la dernière école bundiste au monde
  9. Jewish Socialists' Group
  10. Arbeter-ring in Yisroel – Brith Haavoda

Liens utiles

Bibliographie indicative

Le Bund

français

  • Daniel Blatman, Notre liberté et La Vôtre - Le Mouvement ouvrier juif Bund en Pologne, 1939-1949, 2002, ISBN 2-204-06981-7 (recension)
  • Alain Brossat, Sylvia Klingberg, Le Yiddishland révolutionnaire, Paris, Balland, 1983 ISBN 2-7158-0433-4 (réédité chez Syllepse en 2009, coll. Yiddishland, ISBN 978-2-84950-217-4)
  • John Bunzl, « Le Bund et le sionisme », Actualité de l’Anarcho-syndicalisme, 14 septembre 2002
  • Vladimir Medem, Ma vie, Paris, Champion, 1969 (mémoires d'un ancien dirigeant du Bund)
  • Henri Minczeles, "La résistance du Bund en France pendant l'occupation", Le Monde juif 51:154 (1995) : 138-53
  • Henri Minczeles, Histoire générale du Bund, Un mouvement révolutionnaire juif, Éditions Denoël, Paris, 1999, ISBN 2-207-24820-8
  • Henri Minczeles, « Un mouvement juif révolutionnaire : le Bund », No Pasaran, n°87, mai 2001
  • Henri Minczeles, Le mouvement ouvrier juif. Récit des origines, Editions Syllepse, coll. Yiddishland, 2010
  • Claudie Weill, Les cosmopolites - Socialisme et judéité en Russie (1897-1917), Paris, Éditions Syllpse, Collection "Utopie critique", févr. 2004, ISBN 2-84797-080-0 (présentation et table des matières)
  • Enzo Traverso, De Moïse à Marx - Les marxistes et la question juive, Paris, Kimé, 1997 ISBN 9782841740772
  • Union des progressistes juifs de Belgique, 100ème anniversaire du Bund. Actes du Colloque, Minorités, Démocratie, Diasporas, Bruxelles, UPJB, 1997, ISSN 0770-5476
  • Nathan Weinstock, Le Pain de misère, Histoire du mouvement ouvrier juif en Europe - L'empire russe jusqu'en 1914, Paris, La Découverte, 2002, (tome I) ISBN 2-7071-3810-X
  • Nathan Weinstock, Le Pain de misère, Histoire du mouvement ouvrier juif en Europe - L'Europe centrale et occidentale jusqu'en 1945, Paris, La Découverte, (tome II) ISBN 2-7071-3811-8
  • Samuel Zoberman, « Les origines du Bund », in: S. Zoberman, et al., Le Bund, Syros, (Collection Combat pour la Diaspora n° 4), Paris 1980 (reproduit in: Actualité de l’Anarcho-syndicalisme, 23 mai 2002)
  • film: Nat Lilenstein (réal.), Les Révolutionnaires du Yiddishland, 1983, Kuiv productions & A2 (recension)

autres langues

  • J. Frankel, Jewish politics and the Russian Revolution of 1905, Tel-Aviv, Tel Aviv University, 1982
  • Jack Lester Jacobs (ed.), Jewish Politics in Eastern Europe : The Bund at 100, Zydowski Instytut Historyczny--Instytut Naukowo-Badawczy, New York, New York University Press, may 2001, ISBN 0-8147-4258-0
  • Bernard K. Johnpoll, The politics of futility. The General Jewish Workers Bund of Poland, 1917-1943, Ithaca, New York, Cornell University Press, 1967
  • N. Levin, While Messiah tarried : Jewish socialist movements, 1871-1917, New York, Schocken Books, 1977
  • N. Levin, Jewish socialist movements, 1871-1917 : while Messiah tarried, London, Routledge & K. Paul (Distributed by Oxford University Press), 1978
  • Y. Peled, Class and ethnicity in the pale: the political economy of Jewish workers' nationalism in late Imperial Russia, New York, St. Martin's Press, 1989
  • Gertrud Pickhan, "Gegen den Strom". Der Allgemeine Jüdische Arbeiterbund, "Bund" in Polen, 1918-1939, Stuttgart/Munich, DVA, 2001, 445 p. (Schriftenreihe des Simon-Dubnow-Instituts, Leipzig), ISBN 3-421-05477-0 (recension en français)
  • Antony Polonsky, "The Bund in Polish Political Life, 1935-1939", in: Ezra Mendelsohn (ed.), Essential Papers on Jews and the Left, New York, New York University Press, 1997
  • C. Belazel Sherman, Bund, Galuth nationalism, Yiddishism, Herzl Institute Pamphlet no.6, New York, 1958, ASIN B0006AVR6U
  • Henry Tobias, The origins and evolution of the Jewish Bund until 1901, Ann Arbor (Michigan), University Microfilms, 1958
  • Henry Tobias, The Jewish Bund in Russia from Its Origins to 1905, Stanford, Stanford University Press, 1972
  • Enzo Traverso, From Moses to Marx - The Marxists and the Jewish question: History of a debate 1843-1943, New Jersey, Humanities Press, 1996 (review)
  • A.K. Wildman, Russian and Jewish social democracy, Bloomington, Indiana University Press, 1973

Les Juifs sous la Deuxième République polonaise

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