Élections municipales turques de 1930

De Suffrage Universel
Révision de 16 octobre 2015 à 14:08 par Admin (discussion | contributions) (Minorités)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : navigation, rechercher
Turquie
Élections législatives de 2011 - 2015
Élections turques en Belgique: 2014 - 2015 (juin) - 2015 (novembre)

Minorités religieuses dans les parlements ottomans et turcs
Élections municipales de 1930
modifier

Les premières élections démocratiques multipartites du régime kémaliste ont lieu le 5 octobre 1930, c'est la première fois depuis 1923 qu'un autre parti que le Parti républicain du peuple, parti de facto unique, est autorisé à concourir, la première fois que des élections ont lieu au scrutin direct, et non au second degré avec des "grands électeurs", la première fois que les femmes ont le droit de vote.

Résultats

Le Parti républicain libéral (SCF)[1], qui vient d'être créé moins de quatre mois plus tôt , remporte un succès inattendu, devenant majoritaire dans une trentaine de communes sur 502 (voir tableau ci-dessous pour cinq villes[2]). La plupart de ces communes étaient situées dans les provinces d'Aydın et d'Izmir, notamment Menemen, une petite ville située à une trentaine de km d'Izmir[3]. Le responsable du SCF à Aydın était Adnan Menderes, futur fondateur du Parti démocrate en 1946 et premier ministre de 1950 à 1960 jusqu'à son renversement et son exécution par les putschistes kémalistes[4].

Ville Parti républicain du peuple
(parti de Mustafa Kemal)
Parti républicain libéral
(seul parti d'opposition toléré)
Istanbul 35.942 12.868
Izmir 14.624 9.950
Bergama 250 1.371
Merzifon 496 557
Samsun 416 3.312

Minorités

À Istanbul, qui compte 42 sièges à pourvoir et un pourcentage important de population non-musulmane, le SCF présente sur sa liste 5 Grecs, 2 Arméniens et 2 Juifs alors que depuis 1920 il n'y a plus eu un seul parlementaire turc issus des minorités religieuses‎, contrairement aux pratiques en vigueur sous l'Empire ottoman. Il faudra attendre 1935 pour que des députés grecs, juif et arménien fassent à nouveau leur entrée au Parlement turc, mais par cooptation de facto au sein du parti unique plutôt que via une véritable élection. L'un d'entre eux, l'Arménien Berç Keresteciyan "Türker", est lui-même candidat sur la liste SCF à Istanbul en 1930, mais prétendra par la suite y avoir été inséré à son insu[5].

Réactions du régime

Le succès électoral du SCF provoque la fureur du parti au pouvoir qui accuse son concurrent de s'allier aux minorités ethnoreligieuses, aux Kurdes, aux conservateurs religieux, aux étrangers, d'être en contact avec les partisans du retour à l'Empire ottoman[6]. La colère de Mustafa Kemal et des dirigeants de son Parti républicain du peuple est telle, suite à cette démonstration de popularité de l'opposition, que le SCF est accusé d'avoir falsifié les élections là où il les a remportées et "autodissout" le 15 novembre 1930, même si Ali Fethi Okyar reste député. L'avènement du multipartisme est alors reporté de 15 ans, les premières élections réellement démocratiques n'auront lieu qu'en 1950, et seront remportées par l'opposition[7] [8].

Incident de Menemen

L"incident de Menemen", un soulèvement religieux très local, a eu lieu le 23 décembre 1930, donc après la dissolution du Parti républicain libéral, mais il entraîne, par effet cumulatif avec les élections municipales, justement remportées dans cette localité par le parti libéral, un tournant du régime vers un laïcisme plus agressif et l'élaboration d'une idéologie kémaliste plus structurée et l'instauration effective d'un parti unique, à l'instar du fascisme italien et du national-socialisme allemand.

Sources

  1. Serbest Cumhuriyet Fırkası, le deuxième parti politique d'opposition autorisé - le premier, le Parti républicain progressiste, avait été dissous en 1925 après quelques mois d'existence et ses dirigeants emprisonnés - depuis l'accession au pouvoir de Mustafa Kemal, fondé le 12 août 1930 par le député Ali Fethi Okyar avec l'appui de M. Kemal qui souhaitait mettre la pression sur son premier ministre Ismet Inönü, cf. Zürcher 2004:397
  2. données reprises de l'article du wikipédia en turc, Serbest Cumhuriyet Fırkası, qui cite comme source: Çetin Yetkin, Atatürk'ün Başarısız Demokrasi Devrimi: Serbest Cumhuriyet Fırkası, Toplumsal Dönüşüm Yayıncılık, İstanbul, 1997
  3. Atabaki 2007:147
  4. Zürcher 2004:397
  5. Ertan 2005
  6. Ertan 2005
  7. Koçak 2005
  8. Çaǧaptay 2006:42

Bibliographie

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Navigation
Outils